NEC MERGITUR

 
C’est sombre, voilà ce qu’on entend parfois (souvent) à propos de la peinture de DUPEUX. Ceux qui trouvent que la peinture de DUPEUX est sombre, sont ceux-là qui le plus souvent pensent que ce qui est beau dans l’art en général et dans la peinture en particulier, c’est ce qui a un sens, ne serait-ce que le sens dans lequel on accroche le tableau.

Ce qui est beau disent ces belles âmes, c’est ce que j’appelle la peinture immédiate ou encore une peinture qui figure (figurative), et le plus souvent c’est vrai que cette peinture et son sens sont clairs, c’est à dire évident.

Une peinture où rien n’est laissé d’aspérité à la compréhension du spectateur, une peinture lisse. La peinture évidente, immédiate, c’est une peinture complète, où le sens est donné. Pas de risque pour le regard de percevoir quelque abime, quelque gouffre où sombrer.

La peinture de DUPEUX, elle, n’est pas évidente, c’est le moins qu’on puisse dire et en ce sens, alors oui, on peut dire qu’elle est sombre.

En ce sens aussi, la peinture de DUPEUX n’est pas une peinture de la réalité, mais une tentative de rendre compte d’une rencontre avec le réel. « Le Réel, c’est quand on se cogne » dit à peu près le psychanalyste Jacques LACAN.

Il y a en effet des tableaux de DUPEUX qui cognent d’emblée, c’est à dire des tableaux auxquels on se cogne comme dans le noir (comme dans le sombre), d’autres dans lesquels il faut deviner les obstacles qui se trouvent souvent dans les trous (le trou des yeux, des bouches, quand même les yeux, les bouches sont avant tout des trous). Et même les œuvres les moins sombres, les plus éclatantes, les plus colorées sont encore inquiétantes si on ne prend pas garde où on pose les yeux.

Car il y a toujours dans la peinture de DUPEUX une coupure, une césure une fêlure où l’on devine le commencement, il y a toujours un trou d’ombre où l’on peut soupçonner l’origine (l’inspiration) du tableau. En tous cas c’est comme ça que je vois la peinture de DUPEUX, à partir d’un point aveugle. Celui, bien sûr de mon propre regard.


Alain Frobert